Un week-end chez les Fu

Publié le par Fly

La première semaine ou je suis arrivé au Québec je cherchais un art martial à pratiquer, et je l'ai trouvé très vite: une école de Kung-fu pas loin de chez moi. Ça fait maintenant 5 mois que j'en fais.

Bien avant les vacances, ma prof m'a parle du rendez-vous annuel des écoles de Kung-fu de la région, qui se tient sur un week-end complet. Ils appellent ça le "training camp", littéralement "camp d'entrainement". Par curiosité j'ai accepte d'y participer, malgré un tarif plutôt prohibitif. J'ai essaye de me renseigner mais personne ne m'a vraiment expliqué ce que c'était, tout au plus j'ai appris qu'il y avait de l'accrobranche, raison suffisante pour me faire accepter.

C'est donc sans aucune idée de ce qui m'attendait que j'ai rejoins cet endroit, perdu quelque part au milieu des bois de l'Ontario. Grosse surprise en arrivant vendredi soir vers 19h, les bâtiments sont immenses, tout en bois et d'inspiration mi-asiatique mi-cabane au canada, architecture plutôt réussie. Le premier bâtiment est construit comme un dojo japonais, avec une grande salle d'entrainement au milieu et des armures de kendo au mur. En me baladant sur la propriété je découvre aussi sous un chapiteau un bon vieux ring a la Rocky et même dans la grange un ring à la Ultimate Fight. Si vous voyez pas ce que c'est, imaginez une grosse cage hexagonale entourée de grillage... Je commence a me demander si j'ai bien fait de venir... d'autant plus qu'on m'a fait signe un document stipulant que j'étais conscient que des accidents pouvaient arriver et étaient déjà arrivés par le passé. Glups.

Vendredi, 21h, appel à se rassembler dans le dojo. Grosse séance de blabla tout en anglais sur les règles du week-end. Rien par contre sur le programme, chaque activité doit demeurer une surprise. Le bilinguisme est pratiqué par tout le monde ici, à tel point que ça conduit à ce genre d'aberration: je suis avec un groupe de québécois, on parle français, un ami à eux arrivent, ils le saluent en anglais et poursuivent tout en anglais, je suis la conversation sans trop parler, pensant que l'ami en question est anglophone. Une nana arrive dans le groupe et lâche un truc en français, et là tout le monde bascule en français, et même l'ami anglophone, qui parle québécois! Moi j'y ai perdu mon latin...

Le dojo, vu de l'intérieur.

Les « avancés », c'est à dire ceux qui sont venus plus d'une fois au camp, partent au pas de course vers une activité qui, je l'apprendrai plus tard, est un accrobranche, de nuit, les yeux bandés et avec un partenaire au sol pour les guider à la voix!!!
De notre côté, un instructeur sort d'une malle un grand sac qui fait bling bling, puis l'étale sur le sol. Il l'ouvre et laisse voir un amas de verre pilé. Il reparti le verre sur une distance de deux mètres et nous demande de nous mettre pied nus.
Bon, ok, ça commence fort...

Le but de l'exercice est de nous faire prendre conscience que nos peurs ne sont pas insurmontables et qu'elles sont souvent irrationnelles. En effet, je flippe un peu avant d'y aller mais je suis vite rassuré par le sourire des gens qui passent avant moi. Pendant la marche je m'étonne que ça ne coupe pas plus que ça (il faut quand même une certaine façon de marcher, faut pas y aller en sautant à pied joints!) et une fois que je l'ai fait je ne réalise pas bien, mais j'aimerai y retourner.
Ensuite encore pas mal de blabla, de partage d'expérience, de sentiments ressentis etc et puis l'instructeur (on appelle ça un sifu, prononcez « sifou ») nous lâche un bon vieux « bonne nuit, sleep tight, rdv demain devqnt le dojo à 7h ». Arrgh! Bon, 7h c'est pas grave je m'y attendais, par contre là il est 22h30 et j'ai rien bouffé moi, ça va pas du tout! Pour un stage censé être tout compris ça fait un peu chier... Un collègue d'infortune me file une barre de céréales qui va me caler pour la nuit.

Samedi, 6h30, les premiers guerriers se réveillent, moi je roupille encore un peu, grasse mat' jusqu'à 6h45, youhou! Il faut dire que j'ai 3 semaines de vacances peu reposantes dans les pattes, et une semaine de boulot (levé à 6h tous les jours) plus 3 cours de kung-fu pour me préparer à ce we. Je suis tout courbaturé avant même de commencer...

Samedi, 7h petantes, il fait un temps splendide mais très froid, je m'étire en baillant en attendant de savoir à quelle sauce je vais être mangé. Au programme: échauffement puis petit dèj. On part courir dans les bois sur un parcours agrémenté de pompes, de spider walk, de tigers number 4, de climber walk etc, que des exercices ultra eprouvants. On finit par un sprint deux par deux, le dernier arriver se tape 20 pompes! Heureusement je gagne d'une courte tête. Ça fait drôle d'être complètement en sueur alors qu'il est que 7h30!
Petit dej réparateur à base de café, de saucisses, d'œufs durs, de patates et de pseudo jus de raison style Gatorade.

Pas le temps de finir le petit dèj, la journée est réglée comme du papier à musique. Étirements en binôme puis accrobranche. La partie « fun » du week-end, parce que j'adore ça l'accrobranche donc pas de souci. Pour certains par contre ça a été un vrai chemin de croix, ils ont dû affronter leur peur des hauteurs.
Toujours dans le même ton, la fin de matinée était consacrée à l'ascension de la Big Tower, une tour de 4 étages (12m) sans échelle. Il faut grimper chaque étage à la force des bras en faisant une pirouette face au vide. Comme pour le verre pilé, flippant au départ mais je suis assez fier de dire que j'ai masterisé cette épreuve où le plus important était de ne pas être trop lourd pour pouvoir se soulever sans problèmes.
Une fois en haut, pour redescendre, c'est corde en nylon et descente à la Spiderman, la tête en avant. Je m'en sors pas mal du tout, la légèreté encore une fois. La preuve: un gros monsieur (respect à lui d'avoir passé ce week-end) qui était avec nous a tout lâché en plein milieu de la descente, il s'est retrouvé tete en bas, pendu comme un cochon. Ca a pris pas mal de temps et un tracteur de jardin pour le sortir de là! Son pantalon par contre n'a pas survécu.

C'est l'heure du déjeuner, il était temps, parce que ça fait 4h mine de rien qu'on crapahute en hauteur. Surprise (une de plus): les « nouveaux » doivent manger leur repas les yeux bandés, pour apprécier la bouffe. Mouais, pour déguster des carottes crues et des sandwich thon-mayo, c'était peut être pas nécessaire. Surtout que ça prend tellement de temps de trouver sa bouffe les yeux fermés que j'ai même pas eu le temps d'aller me resservir avant qu'on parte sur l'activité suivante...

Activité suivante, baston de coton-tiges géants!
Pour faire un bon défi coton-tiges, ça prend des pneus de tracteurs pour rajouter à la difficulté et deux gros cotons-tiges, comme sur la photo ci-dessous:


Pas dangereux et vraiment marrant. Enfin je dis pas dangereux, y a quand même un type qui s'est déboité l'épaule quand l'adversaire lui est tombé dessus. Le pauvre a fini le week-end à nous regarder, un bras en torchon. Perso j'ai géré d'une main de maitre mon adversaire, coup de sifflet, il fonce vers moi, m'envoie un énorme coup de tige que je pare, l'élan de son coup le déstabilise, il lève les bras et laisse son flan exposé, je le pousse presque nonchalamment et il se casse lamentablement la gueule. Les gens applaudissent, c'est mon moment de gloire du week-end! (Je me permets de me la raconter un peu parce que la suite est un peu moins glorieuse!)

La suite justement la voici: activité suivante, l'Ascenseur. Cool je me dis, encore un truc avec les arbres. Nan nan nan. L'Ascenseur, c'est une sorte de cage de bois grande comme un ascenseur justement; et qui sert à simuler le close combat, ou combat rapproché en français, ou « comment se défendre quand on a pas le recul pour donner des coups de pieds ». Moi, candide, je pense qu'on va nous montrer quelques techniques comme en cours. Nan nan nan. On enfile les gants, le plastron, le casque, deux par deux on rentre la dedans et on se fout sur la gueule en appréciant la différence que peut provoquer le manque d'espace par rapport à un combat habituel. Oui pourquoi pas. Ai-je préciser que moi je ne fais pas de combat (les ceintures novices apprennent les techniques et les exercices physiques, le combat est plutôt réservé aux ceintures avancées)? ... Je me suis retrouvé avec une mule qui n'a pas dû bien comprendre quand je lui ai dit d'y aller molo parce que je n'avais jamais pratiqué. Le salaud m'en a mis plein la poire. J'ai mangé ma ration de confiture de poing pour l'année en l'espace de 30 secondes!
Au final, ça fait bizarre, on comprend rien à ce qu'il se passe, mais c'est pas si douloureux – avec un casque je veux dire! - à part peut être un petit mal de crâne en sortant. Pour un type qui ne s'était jamais battu, ça fait une bonne initiation, ou à défaut une bonne anecdote!

Vient ensuite une épreuve d'un tout autre genre : faire confiance. On est en binôme, l'un a les yeux bandés et l'autre le guide en lui faisant faire des exercices de son choix. Quand tout est lent c'est simple "avance de 3 pas, recule, tourne à gauche, tourne à droite", mais ça devient beaucoup plus compliqué quand il s'agit d'accélérer la manœuvre. Essayez les yeux bandés de vous exécuter a cet ordre simple: "sprint !", vous comprendrez de quoi je parle! C'est tout simplement impossible. Par contre on se marre bien à piloter le collègue comme un jouet à commande vocal. Et on se marre encore plus a le voir évoluer. La marche les yeux bandés ressemblent à la marche sur la lune, on fait des pas en levant bien les jambes et tout au ralenti, c'est très comique.

Épreuve suivante (j'ai l'impression de commenter les 12 travaux d'Hercule) : parcours commando. C'est moi qui l'appelle comme ça parce qu'il y a une partie, entre autres, ou il faut ramper sous des fils. Il y a aussi un mur de 5m qu'il faut escalader a l'aide d'une corde a nœuds. Pas trop de difficultés pendant cette épreuve, a part que les bras commencent a peser lourd...

Et on enchaine sans transition par l'épreuve de la lutte sumo. Du sable, une corde disposée en cercle et c'est parti, deux par deux. Mauvais appuis, je me suis fait sortir au premier tour. Mais c'est pas grave, on enchaine au pas de course avec ce que j'appelle la lutte du couteau.
Un grand tapis, deux types à genoux à chaque bout, le sifu lance un couteau factice au milieu (factice mais quand même en métal) et c'est la lutte pour la survie. Faut être le premier à choper le couteau et à planter l'adversaire. Pas de techniques, juste de l'adrénaline pure. Ca a donné lieu à de belles prises de catch, je me suis beaucoup marré à mater les gens lutter comme si leur vie en dépendait. Pour ma part je me suis pas mal démerdé, et j'ai même eu la satisfaction d'arracher des mains de mon adversaire le couteau à l'aide d'une technique apprise en cours. Comme quoi ça marche! Une fois le couteau en main j'avais l'avantage et il m'a été facile de lui planter dans le flan. Ca a l'air barbare comme ça mais .... bin oui, ça l'est! Mais c'est vraiment drôle de se faire des bonnes vieilles bagarres comme on en fait plus depuis l'école primaire. D'aucun diront que c'est puéril mais on s'en fout nanananère!

On joue à où est Florian? tic tac tic tac...

Vient ensuite ce que je pense être la dernière activité de la journée, ce qu'ils appellent les « stations ». Plusieurs ateliers les uns à coté des autres et une rotation toute les deux minutes. Dans un cours classique c'est la partie intensivement physique de la fin pour bien finir de se cramer si ce n'était pas déjà fait. Ici on est à l'extérieur, y a de la place, alors les stations sont différentes des cours habituels: frapper dans des pneus à coup de barre de fer, lever un poteau électrique en équipe, frapper dans des sacs, lever des cloches, lever des pneus de tracteur à deux, etc.

Il est 19h, c'est enfin l'heure de diner. On est encore tout en sueur mais on court à la bouffe parce que évidemment, après tout ça, on a les crocs. Je pensais la journée terminée mais une demie heure après manger on nous rappelle (moi je commençais à somnoler sur mon matelas) autour du ring. Allez, rebelote, combat (ou sparring, comme on dit en anglais). Je suis raqué, à moitié endormi et j'ai pas de matériel de protection alors je décide de laisser tomber et de ne pas faire cette activité, d'autant plus que je suis déjà suffisamment content d'avoir fait tout ce que j'ai fait avant.
Je me laisse quand même convaincre par un type niveau avancé qui me dit qu'il va me montrer. Et c'est ce qu'il a fait le salaud, et il ne s'est pas retenu. J'en ai encore pris plein la poire. Une chose que j'ai appris aujourd'hui, le combat ça s'improvise pas, et t'as beau avoir vu 400 fois Rocky, ça n'y change rien! Si t'en a jamais fait tu te fais ramasser!

Après cet « échauffement », on doit passer deux par deux sur le ring devant toute l'assistance, pendant que la nuit tombe tranquillement. Cette fois c'est décidé, je laisse tomber, je sais pas pourquoi mais quelque chose ne me donnait pas envie de me faire corriger sur une estrade devant 70 personnes...

Cette fois c'est vraiment fini, on peut aller prendre une douche bien méritée (mais aussi bien glacée). Rendez vous dans les bois pour un feu de camp qui ne s'éternise pas puisque tout le monde est cramé et le lendemain, c'est réveil à 6h45 pour le même programme d'échauffement que la veille...

Dimanche, 6h45, il faut se lever malgré les courbatures. Tout le monde accuse de douleurs la journée de la veille. D'ailleurs à chaque fois qu'on nous demande de nous assoir par terre, on entend des gémissements de gens qui ont les jambes en compote.
Au programme, même punition que la veille, mais en un peu plus dure, bien que le parcours soit identique, simplement on ne tient plus la même forme. Ensuite petit dèj fort apprécié, puis début de matinée vouée au maniement des armes, qu'on appelle les kalis, deux bâtons tout simples d'environ 60 cm. C'est la partie relax du week-end. Le maniement est assez harmonieux à observer et intéressant à apprendre. Assez physique malgré tout, surtout pour les avant-bras. Pratique ensuite du kali sur un empilement de pneus, ça défoule pas mal !

Pour info c'est le mulet au premier plan qui m'a savaté dans l'ascenseur.

Deuxième partie de matinée dans le ring grillagé, matinée consacrée aux techniques de combat, intéressant aussi mais le jus n'y est plus, la journée précédente a vraiment été éprouvante pour tout le monde. En plus de ça, on nous montre 50 techniques en 1h, impossible de retenir ni de pratiquer quoi que ce soit...

On approche les 11h30, allez, plus que « half an hour of pain » comme me dit un co-training-camper. On nous appelle sur un terrain vague, une ligne de départ, deux pneus de tracteur de 125 kg chacun. Le but est de faire lever un coté de la roue, la faire tombé sur son autre flan, la reprendre etc, on part d'un point A, on va jusqu'à un point B et on revient. Et là aussi, j'ai gagné mon duel. Content de finir sur une victoire!

Pour finir, dernière activité traditionnelle de fin de training camp, la Traversée.
Le principe est simple, dans une grange ouverte de chaque coté, on place la moitié des gens à l'intérieur avec des boucliers en mousse le long d'un chemin de tapis. Et l'autre moitié des gens passent un à un en essayant de sortir de la grange. Y a pas de technique, un grand cri au moment de s'élancer pour s'auto-galvaniser et yalla, au charbon, on court comme un dératé avant de se prendre son premier bouclier dans la poire! Et c'est drôle, si si !

Ultime étape, retour au dojo pour un dernier interminable blabla et une série de serrage de main et de témoignages de gens sur ce qu'ils ont vécu et appris et gnan gnan gnan... Une dernière bouffe, des aurevoirs et des rendez-vous de pris pour l'année prochaine et ça y est c'est terminé. Je n'éprouve pas spécialement de fierté à avoir survécu - comme ils disent – à ce week-end chez les fu mais je ne regrette pas de l'avoir fait, ça a été une bonne expérience, ou a défaut , une originale expérience, et puis ça fait un excellent article de blog aussi, avec pour une fois plus de texte que de photos!

A bientot pour un nouveau periple, certanement Boston début septembre...


où est Florian 2? (je vous l'accorde, là c'est tendu, je vous aide: milieu-gauche)

Publié dans Phénomene(s)

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M
coucou mon ptit fly, alors t'es grand fort et musclé je plaisante!!! très sympa ton week j'en connait qu'aurait aimer être avec toi tu vois de qui je parle defranck bien sur !!! gros bisous
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C
coucou flo<br /> super tes vacances en floride , tu nous fais envie, plus particulièrement Ocean Drive et les drinks.<br /> Tout est grandiose.<br /> As-tu pensé à mon drapeau américain ?<br /> Gros bisous , à Noél .<br /> Tonton kishian
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M
Trop fort ce WE, et trop fort ce FLY => faut pas le faire ch*** ce mec sinon Bruce ce réveil !<br /> Géniales toutes ces aventures mais, c'est moi ou, y a pas de speech sur les chaudes nuits de Miami ? (vice).
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F
<br /> nan, y a pas, faut savoir laisser un peu de mystère des fois :)<br /> <br /> <br />
S
excellent ce parcours du combattant et felicitations d'y avoir survecu..<br /> peu de femmes au programme non ??? pourtant des experiences inedites qui doivent etre superbes à vivre !!!<br /> bisous mon flo !
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